Posted by Alain LEPRESLE No comments

Aussi belles soient les vahinés tahitiennes, arborant fièrement moré, fau et autre taumi, aussi séduisants soient les tanés, aux corps puissants fortement tatoués et courts vêtus d’un simple tapa redevenus guerriers d’un soir, sans la danse traditionnelle, ils n’occuperaient guère plus que la place d’icônes que leur a réservé, depuis les découvertes de Wallis, Cook et Bougainville, l’imagerie occidentale dans le mythe polynésien. C’est au moment où Sirius apparaît dans la constellation du Grand Chien, pendant les festivités du Heiva i Tahiti, qu’une étrange frénésie trop longtemps contenue s’empare des magnifiques corps des danseuses et danseurs des troupes de tous les archipels. Le dialogue qu’ils entament avec leur mémoire renvoie le spectateur médusé par tant de grâce, de sensualité et d’harmonie, transcrites grâce à une technique rigoureusement codifiée – otea, aparima, hivinau et paoa-, à l’époque magique où les sujets des rois Pomaré accueillaient leurs futurs colonisateurs débarqués des frégates du Roy, avec tamuré et ukulelé plutôt qu’avec flèches et casse-tête – u’u-. Bras tendus vers la voûte céleste endiamantée où naviguent encore d’une constellation à l’autre les esprits de leurs tupuna, lointains ancêtres navigateurs, les corps s’animent au rythme infernal des toere. Et même si le sens profond de ces danses rituelles échappe aux profanes, l’envoûtement collectif qu’il provoque est l’illustration de la volonté de tout un peuple à nouveau debout devant sa culture et fier de ses origines, à perpétuer une tradition que les missionnaires ont essayé en vain d’éradiquer. Éternelle ritournelle du paradis, la Polynésie, avant de la découvrir, c’est ainsi que nous l’avons tous rêvée !

Extrait du livre « Bora Bora, la première née » de Alain LEPRESLE paru aux éditions API TAHITI.

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